louise bourgeois
Louise Bourgeois "Maman"

L’universel à travers le prisme féminin : le legs artistique de Louise Bourgeois

Artiste franco-américaine connue principalement pour ses sculptures monumentales, Louise Bourgeois naît à Paris en 1911 et décède à New York en 2010. Également plasticienne, dessinatrice et graveuse, Louise Bourgeois explore dans sa pratique des thèmes tels que le corps humain, et plus particulièrement les organes sexuels, la vulnérabilité, les émotions, la peur, etc. Impertinente et inclassable, elle est considérée aujourd’hui comme une artiste majeure du XXe siècle. Pourtant, son travail n’a été reconnu que tardivement.

Proche des mouvements artistiques abstraits, expressionnistes et surréalistes, elle n’a jamais pour autant été affiliée à aucun d’eux.

Son exploration intime et psychologique de thèmes universels a profondément marqué toute une génération d’artistes. Découvrons ensemble cette grande artiste qui a dérangé, ébranlé, fasciné et apporté sa sensibilité ainsi que sa contribution à l’art contemporain.

Qui est Louise Bourgeois ?

L’enfance de Louise Bourgeois a eu une influence profonde et durable sur son œuvre artistique. Avec un père marchand de tapisseries et une mère restauratrice de tapisseries anciennes, l’activité familiale a influencé Louise dès son plus jeune âge. Dès l’âge de dix ans, la petite Louise commence à aider ses parents dans leur atelier. C’est par le dessin de motifs de tapisserie que l’enfant se familiarise avec l’art. Cela lui permet également de développer très tôt une appréciation particulière pour les textiles et les matériaux.

Elève brillante, après avoir étudié les mathématiques à la Sorbonne, elle s’en écarte car trop théorique à son goût pour se diriger vers l’art plus propice à sa personnalité. Louise pourra ainsi exprimer toutes les tensions familiales accumulées et son anxiété suite à la découverte de la liaison de son père avec sa gouvernante et enseignante.
La perte de sa mère en 1932 l’a également profondément affectée et l’art est devenu un moyen pour elle d’exprimer son chagrin et sa douleur.

C’est d’abord aux Beaux-Arts de Paris qu’elle étudie l’art, puis dans différentes académies libres et à l’École du Louvre.

Après ses études, elle ouvre une galerie d’art à Paris, et c’est durant cette période qu’elle fait la connaissance de l’historien d’art américain Robert Goldwater, qu’elle épouse peu de temps après et avec qui elle part vivre à New York.

L’influence sur son oeuvre

Les expériences de l’enfance de Louise Bourgeois, en particulier la relation complexe avec son père et l’attachement profond à sa mère, ont eu un impact majeur sur ses créations artistiques. Ses œuvres sont souvent autobiographiques, explorant les thèmes de la famille, de la trahison, de la protection et de la vulnérabilité.

louise bourgeois (1)
Louise Bourgeois « Eye benches »

La carrière de Louise Bourgeois

C’est dans les années 1940 dans une ville en pleine effervescence marquée par des bouleversements sociaux, culturels et artistiques que Louise Bourgeois démarre sa carrière. Centre de l’art moderne, avec des artistes comme Jackson Pollock, Mark Rothko et Willem de Kooning, qui ont développé le mouvement de l’expressionnisme abstrait, de nombreux artistes européens dont français sont venus s’y installer pour fuir la seconde guerre mondiale. Ces derniers apportent avec eux des influences du surréalisme, du cubisme et d’autres mouvements avant-gardistes. Cette fusion de styles et de perspectives a contribué à l’effervescence artistique de la ville.

Malgré le fait que Louise Bourgeois intègre le milieu de l’art et se trouve influencée par les mouvements artistiques émergeants, l’artiste reste en marge avec ses oeuvres qui ne ressemblaient en rien à ce qui se faisait à l’époque. Marquée par son vécu, elle se dirige rapidement vers un art intimiste dans lequel elle explore des thèmes personnels et psychologiques.

Pendant ces années là, Bourgeois a commencé à développer ses premières sculptures, souvent en bois, avant de se tourner vers des matériaux plus variés dans les décennies suivantes. Ses œuvres de cette période reflètent son exploration de thèmes comme la famille, l’identité et la mémoire.

Des oeuvres brutes et intimes

C’est dans sa propre mémoire et ses pensées que Louise trouvait les matériaux essentiels pour la création de ses sculptures, peintures et gravures. Elle affirmait d’ailleurs que « l’art est une garantie de santé mentale ».

Elle est surtout connue pour ses sculptures, notamment ses araignées géantes intitulées « Maman ». Ces sculptures symbolisent, pour elle, l’intelligence et la protection. Elles sont un hommage à sa mère, perdue bien trop tôt.

Ses « Cells » (Cellules) sont des installations immersives qui combinent des objets personnels et des sculptures pour créer des espaces émotionnels et psychologiques.

« Destruction of the Father » est une installation évocatrice d’un rituel de cannibalisme, symbolisant les relations familiales compliquées. Avec cette œuvre, l’artiste démolit totalement l’image et la figure paternelle. Il devient une créature monstrueuse, une sorte de sphinx doté de deux paires de seins auquel elle a coupé la tête.

Tout au long de sa carrière, Louise Bourgeois a utilisé une grande variété de matériaux, y compris le marbre, le bronze, le latex et le textile. Elle a souvent intégré des éléments trouvés et réutilisés dans ses œuvres.

Louise Bourgeois et le féminisme

Louise Bourgeois est souvent associée au féminisme, bien que son rapport à ce mouvement soit complexe et nuancé. L’artiste
a souvent exploré des thèmes liés au corps féminin, à la sexualité et à l’identité de genre. Ses œuvres représentent fréquemment des organes sexuels, des formes anthropomorphiques et des allusions à la maternité et à la féminité. Pour autant, Louise Bourgeois ne s’est jamais revendiqué comme féministe.

Elle a utilisé son propre vécu, notamment les expériences de trahison et de la complexité des relations familiales, pour créer des œuvres qui résonnent avec les préoccupations féministes sur le pouvoir, le patriarcat et la psyché féminine.

Une indépendance artistique

Louise Bourgeois a milité pour son indépendance artistique et a résisté à être catégorisée strictement comme une artiste féministe.

Elle a souvent déclaré qu’elle ne voulait pas être confinée à une seule étiquette, y compris celle de féministe. Elle voyait son art comme une exploration des émotions et des expériences humaines universelles. Malgré son refus d’être étiquetée, elle est devenue une figure emblématique pour de nombreuses femmes artistes, montrant qu’il était possible de réussir et de s’imposer dans un monde de l’art dominé par les hommes.

Une reconnaissance tardive

Bien que Louise Bourgeois ait commencé sa carrière bien avant l’émergence du mouvement féministe de la seconde vague, c’est dans les années 1970 et 1980 qu’elle a gagné une reconnaissance plus large. Cette période a coïncidé avec un intérêt croissant pour les œuvres de femmes artistes.

Elle a participé à des expositions et des conférences qui mettaient en avant les contributions des femmes à l’art, renforçant ainsi à la visibilité du travail des femmes dans ce domaine.

 

 

 

 

Elia L.

Tantôt rédactrice, tantôt artiste, je vous invite dans mon univers oscillant entre deux mondes.

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