tamara de lempicka
Self Portrait in Green Bugatti Tamara De Lempicka

Tamara de Lempicka : l’artiste qui a redéfini l’émancipation des femmes à travers ses toiles

Née en 1898 au sein d’une famille aisée à Varsovie, Maria Górska, de son vrai nom, s’est imposée comme une icône des Années folles et de l’émancipation des femmes entre les deux guerres. Personnalité mondaine, elle affichait sans ambiguïté sa bisexualité, et son exubérance tenait en haleine le Tout-Paris. Passionnée et sans filtre, elle se consacra rapidement à peindre le désir féminin, mettant en lumière des femmes audacieuses, puissantes et indépendantes.

Mariée à l’avocat Tadeusz Lempicki, un aristocrate, elle divorça plus tard pour épouser son amant de longue date, Raoul Kuffner. Tous deux quittèrent une Europe en proie aux ravages de la guerre pour s’installer aux États-Unis, où Tamara de Lempicka fréquenta les plus grandes stars de l’époque.

Après une exposition dans les années 1960, qui se solda par un véritable échec, elle se retira de la scène artistique. Elle décéda en 1980 à Cuernavaca au Mexique. Longtemps oubliées, ses œuvres furent redécouvertes des décennies plus tard.

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Tamara de Lempicka : star des Années folles

Elle fait partie de ces artistes “féminines” qui ont bouleversé les codes et ont entraîné dans leur sillage l’émancipation des femmes. Fille d’un avocat russe et d’une mondaine polonaise, la jeune Maria a passé son enfance entre la Pologne, la Suisse et Saint-Pétersbourg, où elle s’installe en 1914 pour suivre une formation de peintre. Élève à l’Académie des beaux-arts, c’est dans cette même ville qu’elle rencontre celui qui deviendra son mari, l’avocat polonais Tadeusz Lempicki.

En 1917, ce dernier est arrêté par les Bolcheviks, et après avoir réussi à le faire libérer, le couple quitte Saint-Pétersbourg pour Paris. En 1919, elle donne naissance à leur fille, surnommée Kizette, et suit des cours de peinture et de dessin dans diverses académies libres, puis auprès du peintre cubiste André Lhote. Rapidement, Tamara de Lempicka se forge un style très personnel qui évoluera peu, rendant ainsi ses œuvres très reconnaissables.

En 1923, elle expose sa première toile au Salon d’Automne, intitulée “Perspective”, qu’elle signe Lempitzky. Elle attend de voir comment sera accueillie ce tableau de deux nus féminins dans une pause saphique. C’est n’est que deux ans plus tard, à Milan, lors d’une exposition personnelle que sa véritable identité est dévoilée.

Femme libre et artiste au sommet de sa gloire

Tamara de Lempicka ne dissimule pas ses aventures, que ce soit avec le dandy Gabriele d’Annunzio ou avec ses nombreuses amies intimes, dont Suzie Solidor. En 1928, elle divorce et se remarie peu de temps après avec un riche propriétaire terrien hongrois anobli par l’empereur d’Autriche, Raoul Kuffner. Tamara reçoit et travaille beaucoup dans son atelier à Montparnasse.

L’artiste aime se présenter comme une femme libre, moderne et émancipée qui évoque sans tabou sa bisexualité sans se soucier de provoquer un scandale.

En 1939, alors que la Seconde Guerre mondiale éclate, le couple s’exile aux États-Unis. Devenue citoyenne américaine, elle s’affiche aux côtés des actrices les plus célèbres qu’elle admire tant. Sa peinture, toujours imprégnée d’une esthétique Art déco, peine à conquérir le cœur des Américains. Elle continue pourtant d’exposer et s’essaie même à l’art abstrait. Mais après un échec cuisant lors d’une exposition à New York en 1962, elle quitte définitivement le monde artistique. C’est dans sa demeure au Mexique que l’artiste meurt en 1980 dans son sommeil, laissant derrière elle un héritage inestimable.

Des femmes nues sous le regard d’une artiste peintre

Portraitiste, Tamara de Lempicka a peint de nombreuses femmes et pas que dénuées comme le Portrait de la duchesse de la Salle. Cependant, ses nus présentent une particularité, ils sont ceux d’une femme, et son regard rompt avec celui que peut avoir un peintre masculin sur la représentation d’un corps féminin.

Quelques œuvres choisies

Perspective ou Les deux amies est la première toile exposée au Salon d’Automne à Paris en 1923. Ce tableau met en scène deux femmes sur la thématique du saphisme à la fois scandaleux et populaire dans les années 1920. Cette peinture illustre le style caractéristique de Lempicka, qui combine l’esthétique de l’Art Déco avec des éléments de réalisme et de modernisme. Dans ce tableau, deux femmes se tiennent côte à côte avec une assurance et une élégance frappantes. Elles sont représentées avec des corps puissants.
Cette œuvre est souvent citée comme l’une des plus représentatives du style unique de l’artiste et de son influence significative sur l’art de son époque. Elle reste aujourd’hui une pièce importante dans l’histoire de l’art du XXe siècle.

Le Portrait de Suzie Solidor, réalisé en 1935, représente une icône de l’époque, également l’amante et l’amie de la peintre. Dans ce portrait, réalisé dans un style dérivé du cubisme, l’artiste dépeint son modèle de manière imposante et magnétique. L’œuvre est caractérisée par le style distinctif de Lempicka, qui mêle le réalisme à des éléments de l’Art Déco. Les couleurs et les contrastes marqués contribuent à créer une composition visuellement frappante.

Kizette au balcon de 1927 est l’une des nombreuses toiles que l’artiste a consacrées à sa fille. Bien que représentée presque adolescente, alors qu’en réalité Kizette est bien plus jeune, la peintre a voulu capturer dans cette toile, au style néo-réaliste, ce passage difficile entre l’adolescence et l’âge adulte.

Une artiste redécouverte des années plus tard

Elle n’est pas la seule artiste féminine que l’histoire de l’art a oubliée pendant des décennies. Avec un nouvel engouement pour l’esthétique Art Déco dans les années 1970, son nom a ressurgi pour ensuite retomber dans l’oubli jusqu’à il y a une vingtaine d’années. Depuis lors, ses toiles, surtout celles de sa grande époque, se vendent à des sommes folles.

L’œuvre de Tamara de Lempicka continue à fasciner et à inspirer les amateurs d’art du monde entier. Elle est largement considérée comme l’une des artistes les plus emblématiques de son époque. Ses peintures sont exposées dans de nombreux musées et galeries à travers le monde, et son héritage perdure comme une icône de l’Art Déco et de la modernité du XXe siècle.

Elia L.

Tantôt rédactrice, tantôt artiste, je vous invite dans mon univers oscillant entre deux mondes.

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