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Sarah Bernhardt

Sarah Bernhardt : actrice, muse, scandaleuse et immortelle

Avant que Hollywood ne fasse naître les stars et les réseaux sociaux les influenceuses, une femme incarna à elle seule la gloire, la controverse, le génie et l’extravagance : Sarah Bernhardt. Actrice mythique de la Belle Époque, elle fut aussi muse, entrepreneuse, pionnière de la chirurgie esthétique, et égérie publicitaire. Jean Cocteau lui donna un nom à la mesure de son aura : « monstre sacré ».

La muse de Mucha : quand l’Art Nouveau rencontre la scène

En 1896, une commande va bouleverser la carrière d’un jeune illustrateur tchèque : Alphonse Mucha. Sarah Bernhardt, alors star incontestée, exige de lui une affiche pour sa pièce Gismonda. Le résultat, audacieux et onirique, séduit immédiatement la comédienne. Elle engage Mucha pour concevoir toutes ses affiches, décors et costumes pendant plus de dix ans. À travers elle, Mucha incarne l’Art Nouveau, et elle devient sa muse éternelle.

Une star mondiale avant l’heure

Son triomphe outre-Atlantique a incontestablement marqué l’histoire. En 1880, Sarah Bernhardt part conquérir les États-Unis. Sa tournée est un événement national. On l’acclame comme une reine, elle chante la Marseillaise devant des salles combles, enflamme la presse, et devient un modèle d’émancipation féminine et d’audace artistique.

Égérie avant l’invention du marketing

Visionnaire, elle comprend rapidement le pouvoir des images et lorsque son imprésario vend son nom pour du chocolat, des cosmétiques, du mobilier ou encore des calendriers à son insu, elle comprend vite quels seront les avantages. Sarah Bernhardt devient une marque, faisant d’elle l’une des toutes premières égéries publicitaires internationales.

Sarah Bernhardt, une vie consacrée au théâtre

Malgré une santé fragile, un modeste deuxième prix au Conservatoire et des débuts difficiles, Sarah Bernhardt parvient à s’imposer sur les planches avec une détermination hors du commun. A force de culot et d’un appétit insatiable, l’actrice passionnée interprète les plus grands auteurs de son époque — George Sand, Victor Hugo, Victorien Sardou, Edmond Rostand, Alfred de Musset, Alexandre Dumas père et fils. À chaque rôle, elle fait vibrer la salle, impose sa voix, sa présence, son magnétisme. Et puis il y a ses tournées. D’un continent à l’autre, elle emporte le théâtre français aux quatre coins du monde, saluée comme une reine à chaque escale.

Sarah Bernhardt n’a pas eu une carrière théâtrale : elle a fait du théâtre une épopée. Mais elle ne se contente pas de jouer uniquement. Elle dirige également son propre théâtre. Actrice hors norme, sa carrière théâtrale est aussi flamboyante qu’inédite.

Excentrique, provocante… et résolument moderne

Sarah Bernhardt vit à Paris dans un appartement théâtral. Ses murs sont drapés de satin noir, un crâne humain offert par Victor Hugo trône dans le salon et elle dort dans un lit en forme de cercueil. Des séances spirites viennent bien évidemment compléter ce tableau gothique des plus fascinants.

Un bestiaire personnel

Elle surfe sur la mode des animaux exotiques. Elle adopte un alligator, un lion, puis un puma, qu’elle promène parfois en laisse. Une excentricité que la haute société de l’époque admire ou redoute, mais qui, comme vous l’imaginez, alimente sans cesse sa légende.

Scandales en série

Renvoyée de la Comédie-Française pour avoir giflé une sociétaire, elle refuse de s’excuser. Côté vie privée, elle aime entretenir le mystère autour de son fils Maurice, né en 1864, qui serait le fruit d’une liaison avec le prince Henri de Belgique. Mais elle préfère entretenir des rumeurs autour d’une paternité prestigieuse, laissant entendre que le père pourrait être Léon Gambetta ou Victor Hugo…

Pionnière de l’image et de la chirurgie esthétique

À 66 ans, lassée par le vieillissement de son visage, elle décide de recourir à la chirurgie esthétique, encore balbutiante. Elle subit un lifting aux États-Unis, puis un second par la pionnière française Suzanne Noël. Elle comprend, bien avant son temps, que l’image est aussi un outil de pouvoir pour les femmes artistes.

Une jambe en moins, la scène en héritage

En 1915, à 70 ans, Sarah Bernhardt est amputée de la jambe droite à la suite d’une tuberculose osseuse. Elle refuse de se retirer. Elle continue à jouer, assise, incarnant même Jeanne d’Arc blessée. Elle se rend sur le front pendant la Première Guerre mondiale pour jouer devant les soldats français. Sa résilience force l’admiration d’une nation.

Mais au fond, qui était vraiment Sarah Bernhardt ?

Née Henriette-Rosine Bernard le 22 octobre 1844 à Paris, rien ne prédestinait la jeune Sarah à devenir l’icône planétaire que l’on connaît. Fille de Julie Bernard, une courtisane hollandaise bien introduite dans les cercles les plus influents d’Europe, elle grandit sans jamais connaître l’identité de son père. Très tôt, elle est envoyée en pension, à l’écart du tumulte parisien. Dans les salons fréquentés par sa mère, les rumeurs vont bon train : certains murmurent que le duc de Morny, demi-frère de Napoléon III, pourrait bien être son géniteur. Vrai ou non, ce dernier jouera un rôle décisif dans le lancement de sa carrière.

Petite fille mystique, Sarah rêve un temps de devenir religieuse. Pour détourner cette vocation inattendue, sa famille la pousse vers les planches. Le dramaturge Alexandre Dumas, un ami proche de sa mère, l’emmène à la Comédie-Française. Ce jour-là, Rosine est foudroyée par l’émotion. En larmes à la fin de la pièce, elle sanglote contre l’épaule de Dumas qui l’appelle déjà « sa petite étoile ». Ce moment marque un tournant : elle n’entrera pas dans les ordres… mais sur scène. Et c’est là que naît, pour de bon, Sarah Bernhardt.

Icône intemporelle, femme totale

Avec un destin exceptionnel, Sarah Bernhardt fut bien plus qu’une actrice. Pionnière du culte de l’image, femme libre dans un monde d’hommes, créatrice d’émotions et de mythes, Sarah Bernhardt fascine par sa liberté de ton et par son impertinence. Ses sculptures, ses lettres, ses rôles, tout chez elle respirait l’absolu. Elle demeure une figure tutélaire pour les artistes, féministes et audacieux de notre époque. Plus d’un siècle après sa mort, elle continue de nous troubler.

Elia L.

Tantôt rédactrice, tantôt artiste, je vous invite dans mon univers oscillant entre deux mondes.

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