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Dialogue entre la surface des choses et les profondeurs

L’eau insaisissable offre un caractère mouvant et continuellement changeant. Est-ce cela qui m’a donné un jour l’envie de la figer ne serait-ce que pour un instant ? Élément fertile, l’eau ambivalente propose tant d’interprétations diverses. Et c’est cela que j’essaie à ma manière, par mes compositions végétales gelées de capturer. Ce dialogue entre la surface des choses et les profondeurs d’une fluidité figée où l’impermanence devient permanence. Où l’inconstance si faussement docile se présente fallacieusement fragile. L’eau qui suggère, dessine et reflète dans une sorte de mimétisme les tréfonds même de mon âme.

Des illusions liquides

L’eau me fascine par son calme et son impétuosité, par sa poésie et sa mélancolie, par son audace et sa timidité… par ce tempérament ambivalent propre à cet élément liquide et des illusions qu’il suscite en moi. Pourquoi l’ai-je choisi comme matériau ? Je ne saurai le dire car c’est avant tout d’une rencontre dont il s’agit avec cet élément troublant et avec moi-même. L’eau comme un miroir, une invitation jaillissante où l’intuition créative est reine.

Face à cette nature liquide, je me plie à son mouvement, je compose avec elle. Vivante, elle s’inscrit en moi tout comme je m’inscris en elle. Un pas de deux fluide où le sensible interagit et se veut interchangeable. L’eau et ses différentes formes où la mue insaisissable offre à cet élément primordial le champ de tous les possibles, de tous mes possibles.

Compositions végétales gelées
Crédit photo Elia Lutz

A l’image de l’eau

Origine de toute chose, l’eau universelle reflète en elle l’univers qui l’entoure. Conteuse, l’eau raconte la cosmogonie créatrice, le souffle premier. Gelée, l’eau prend une consistance, elle suscite, oriente le regardant et devient complémentaire avec les éléments proposés. C’est ainsi que mes compositions se font laiteuses et maternelles, plus solennelles lorsqu’elles sont encrées de noir et toujours féminines dans leur essence. L’eau dans sa réalité aquatique, poétique et aussi symbolique.

C’est ainsi que ces Ophélie végétales et ces Belles Endormies captent le temps d’un instant la fugacité d’une beauté évanouie, l’éphémèrité prise dans un tableau gelé. De ce fait, c’est à cet instant précis, qu’un dialogue entre la surface des choses et les profondeurs naît de ce liquide qui devient incubateur. L’eau à l’image même de qui nous sommes, à l’image d’elle-même, d’un matériau de la nature.

Cette image observée est-elle alors celle de la surface des choses ou de nos profondeurs ? L’eau est-elle ce miroir aux multiples facettes qui reflète notre inconscient tout aussi changeant ?

Quoi qu’il en soit matière insaisissable, l’eau sous toutes ses formes, dissimule bien des secrets. Et c’est ce mystère d’un élément qui plus est composé qui part sa nature inaccessible au fort potentiel créateur, fait de moi et fait de vous, ce réceptacle poétique de l’inconscient collectif.

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