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Crédit photo Elia Lutz

Quand marcher dans nos pas réveille des mondes enfouis

Il est toujours troublant de revenir sur ses pas. De marcher dans nos traces laissées en souvenir là où le temps n’existe plus, là où il nous échappe. Matrice intime de nos sens, le temps est ce réceptacle de nos émotions passées, présentes et futures. Une combinaison subtile aux frontières floues hors de toute mesure, entremêlée et jamais figée, brouillant nos perceptions, jusqu’à influencer ce que nous pensons. Ainsi, un souvenir issu de notre passé peut-il redevenir, l’espace d’un instant, notre présent et influencer notre futur ?

Entre traces, émotion et imagination

Empreinte vivante, le souvenir est ce pont mouvant entre les temps. Il est cette image, cette sensation d’un temps révolu. Et pourtant, il est là présent, plus que jamais. C’est le corps tout entier qui le ressent. Il suffit, d’une odeur, d’un effleurement, d’une lumière, d’une musique… d’un mot. Il est ce parfum d’une fleur, la chaleur d’une peau. L’odeur de la mousse après la pluie, la neige qui crisse. Le vent dans les cheveux, le croquant d’un biscuit… Une géographie du dedans où les territoires affectifs se révèlent, sur la langue, dans le ventre, dans le cœur.

Les souvenirs n’appartiennent jamais tout à fait au passé. A chaque fois qu’ils nous traversent, ils nous transforment. Ils s’inscrivent dans une mémoire en mouvement, celle de notre corps, de notre chair, de notre âme. Comme une machine à explorer le temps, elle fabrique ces réminiscences, dans une respiration spatio temporelle.

Le temps devient alors une sorte d’entrelacement continuel où souvenirs, émotions et projections se meuvent dans une danse lascive. Les uns se fondent dans les autres jusqu’à former une temporalité intime, sensuelle et profonde.

Comme un rêve, le souvenir s’étiole, se transforme au gré de nos émotions. Il se brouille, devient poreux. Il divague et se perd dans les temps. C’est alors que le passé se glisse dans le présent et que le futur prend racine dans tous ces fragments.

La conscience intérieure du temps

Avez-vous remarqué comme le temps vécu s’étire et se contracte au fil de nos émotions ? Deux minutes peuvent nous paraître interminables et deux heures filer sans que nous nous en rendions compte. Ce n’est donc pas vraiment la quantité de temps mais plutôt son intensité émotionnelle qui détermine son empreinte. Une rencontre, un paysage, un mot peuvent à tout jamais nous marquer alors que des mois voire des années entières peuvent être presque effacés. C’est peut-être cela qui expliquerait que certains souvenirs nous semblent des fois plus présents que le présent lui-même.

Le temps comme une rivière

Chargé autant de souvenirs issus du passé que d’anticipations émanant du futur, le temps est comme le flux d’une rivière dont les rives sont incertaines et charrie à la fois ce qui a été et ce qui sera.

Et que dire de la mémoire, empreinte mouvante du temps, architecte fragile de nos instants vécus, qui parfois au crépuscule de notre vie se tarit ? C’est alors, dans ce temps intérieur, que se révèle les liens invisibles tissés à nos perceptions. La morsure du froid sur la peau, un éclat de rire, le timbre d’une voix, une photographie…rompent l’instant flottant, délesté de tout souvenir et l’entaillent. Et soudain, tout redevient possible.

L’intime et le temps retrouvé

Alors, marcher dans nos traces, ce n’est pas tant revenir en arrière. C’est ressentir au plus profond de notre être, la persistance de ce vestige, l’écho d’un instant réactivé. Chaque souvenir du présent dialogue avec un souvenir passé. Telles des graines du futur enfouies dans l’aujourd’hui sensoriel, prêtes à germer à nos moindres souffles.

Et peut-être qu’en recueillant ces fragments, nous ne faisons rien d’autre que cartographier la géographie intime du temps.

Elia L.

Tantôt rédactrice, tantôt artiste, je vous invite dans mon univers oscillant entre deux mondes.

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