Il y a, dans les replis de notre âme, des territoires encore vierges que nous habitons pourtant. Des paysages intimes faits de sensations floues, de silences partagés.
Ils nous composent tout autant que nous les composons et se rappellent à nous comme le souffle d’une brise ancienne.
Ils sont cette lumière un soir d’été, le frisson en bord de mer hors saison, le vent dans les arbres en lisière de forêt, un geste d’autrefois.
Nous les portons tous sans le savoir.
Intimes et universels à la fois, ils sont le ciment de nos mots, de nos pensées, de ce qui ne peut être dit.
Une musique discrète presque secrète qui se répand en nous comme une fièvre douce et nous berce.
Mes paysages intimes ne sont pas faits de terres et de cieux, mais de souvenirs épars, d’impressions intérieures.
Vagues et pourtant palpables, ils se glissent dans chaque image, dans chaque mot posé.
Comme des morceaux d’un puzzle, ils constituent ma cartographie, celle du dedans, vaste et profonde.
Des lieux pour la plupart oubliés, effacés de toute carte.
Un entre-deux, antichambre clair-obscur où les matières deviennent langage.
Ils sont, ma manière à moi d’habiter le monde, de l’approcher, de le comprendre.
Une mise à nu poétique sans exhibition aucune,
Un regard posé,
Une forme,
Une lumière cachée,
Une matière à explorer.
Mes paysages intimes ne sont pas les lieux réels que je traverse, ils sont leur empreinte corporelle, leur résonance.
Je les perçois non seulement avec mon esprit, mais avec mon corps, mon âme aussi.
Ils naissent de ce lien organique qui me relie au monde.
L’eau, la glace, la lumière, le végétal, deviennent mon langage, ma narration.
Sans m’en rendre compte, ils se font complices silencieux de mon récit.
De jadis à aujourd’hui, une interdépendance poétique nous relit.
Capteur du monde qui m’entoure, mes émotions encore souveraines se délitent.
Devenues matière poreuse, elles absorbent le vivant pour devenir formes naturelles et rendre enfin visible ce qui ne peut l’être autrement.
Et qui, tapis dans l’ombre, attendent le moment opportun.
Eprouvées, encore voilées mais libres, elles perlent et deviennent gouttent d’eau,
scintillent et deviennent reflets,
s’exhalent et deviennent rosée.