L’Orient fantasmé : la vision occidentale à travers la peinture et la littérature

Fortement présent dans la littérature et dans la peinture, l’orientalisme est une inspiration artistique née en Europe occidentale au XVIIIe siècle. C’est au cours du XIXe siècle que ce courant artistique connaît son apogée. De nombreux peintres néo-classiques et romantiques s’emparent de ce thème très en vogue qui représente l’exotisme du monde arabe.

La vision occidentale de l’Orient

Ce sont essentiellement les campagnes napoléoniennes en Égypte qui vont engendrer cet engouement sans pareil. Les scènes relatées par les fabuleux dessinateurs de l’expédition vont nourrir l’imaginaire des Occidentaux. L’Égypte, mais aussi Constantinople et le Proche-Orient, incarnent cet Orient fantasmé. Entourés de mystères, ces pays et villes lointaines aux consonances si exotiques, telles que Ispahan, Babylone, Alexandrie, etc., représentent cet autre monde fastueux.

De nombreux artistes séduits d’une part par les récits des Mille et une nuit et d’autre part par les récentes découvertes archéologiques, vont ainsi retranscrire et sublimer la vie intime des habitants de ces pays. De là naissent des tableaux fabuleux de femmes qui se prélassent dans des harems, de guerriers intrépides, de chevaux arabes… d’un monde quasi mythique.

Les peintres qui représentent ce mouvement

Les plus connus de ce courant ou de cette inspiration sont les peintres français :

  • Eugène Delacroix avec ses célèbres peintures Scènes des massacres de Scio (1824), La Mort de Sardanapale (1827), Les Femmes d’Alger dans leur appartement (1834)…
  • Jean Auguste Dominique Ingres et ses célèbres toiles La Baigneuse de Valpinçon (1808), La Petite Baigneuse (1828), Le Bain turc (1862)…
  • Jean-Léon Gérôme et ses fameux tableaux Diogène (1860), Le bain turc (1870), Le Charmeur de serpents (1879)…
  • Théodore Chassériau et ses toiles La toilette d’Esther (1841), Ali Ben-Hamet, Khalifat de Constantine, chef des Haractas (1845)
  • Jacques Majorelle et entre autres son Carnet de route d’un peintre dans l’Atlas et l’Anti-Atlas, journal relatant son périple au Maroc. Peintre et voyageur, il crée le bleu Majorelle, un bleu outremer intense légèrement violacé.
  • etc.
Le Combat du Giaour et du Pacha d’E. Delacroix

Les écrivains et poètes dans l’orientalisme

Ce phénomène s’empare bien évidemment de la littérature et de la poésie. L’ampleur de l’orientalisme et la fascination qu’exerce les pays du couchant et ceux du Levant vont faire naître des oeuvres remarquables, en voici quelques unes :

  • Les Lettres Persanes, Montesquieu (1721) : roman épistolaire emblématique des Lumières, il propose aux lecteurs une réflexion politique et satirique sur la société.
  • Zadig ou la Destinée, Voltaire (1747) : un conte philosophique oriental inspiré des Mille et une nuits
  • L’itinéraire de Paris à Jérusalem, Chateaubriand (1811) : note de voyage de son séjour en Orient.
  • Les Orientales, Victor Hugo (1829) : recueil de 41 poèmes marqués par l’attrait de La Grèce et l’Orient au XIXe siècle.
  • Voyage en Orient, Alphonse de Lamartine (1835) : première grande œuvre en prose de l’écrivain.
  • Voyage en Orient, Gérard de Nerval (1851) : récit de voyage
  • Le Livre de la jungle (The Jungle Book) de Rudyard Kipling (1894) : recueil de nouvelles qui s’inscrit dans la tradition des fables indiennes.
  • etc.

Je suis tentée de rajouter L’invitation au voyage de Charles Baudelaire titre de deux poèmes dont un versifié paru dans le recueil Les Fleurs du mal en 1857, illustre cette fascination du poète pour l’Orient.

Et comment ne pas citer Théophile Gautier poète, romancier, journaliste, peintre, critique d’art et grand voyageur dont nombreux ouvrages transpirent sa fascination pour ces terres lointaines.

Pourquoi est-il important de replacer l’orientalisme dans son contexte historique ?

La compréhension du contexte historique et politique a une importance capitale pour comprendre ce mouvement et son engouement car dans les années 1830-1840 le colonialisme s’étend. Les peintres orientalistes, écrivains et poètes en quête de récits d’aventure, d’exotisme et de mysticisme voyagent vers la Grèce, la Turquie, le Maghreb, l’Egypte et la Palestine. L’Orient est fantasmé par ces artistes et ne représente guère la réalité.

Aujourd’hui de nombreuses polémiques circulent sur cet art « colonial » et à savoir si ces toiles célèbres et leurs artistes ont contribué à justifier le colonialisme est un débat justifié mais qui n’a pas sa place dans cet article. Quoi qu’il en soit certains ont tout de même au fil des années dénoncé les ravages du colonialisme mais malgré tout les clichés perdurent jusqu’à la fin du XXe siècle. Il suffit de regarder du côté d’Hollywood et de tous ces peplums tels que Samson et Dalila en 1949, Les dix commandements en 1956, Ben-Hur en 1959, Spartacus en 1960, Cléopâtre en 1963 etc. pour mesurer la fascination toujours existante pour cet orientalisme grandiloquent.

 

Elia L.

Tantôt rédactrice, tantôt artiste, je vous invite dans mon univers oscillant entre deux mondes.

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