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La poésie palestinienne au féminin : Fadwa Touqan, une icône contre l’oppression

Dans un siècle de tumulte et de silence imposé, une voix s’est levée. Pas une clameur, non, mais un murmure entêté, qui fend les murs de pierre. Fadwa Touqan, née en 1917 à Naplouse, dans une Palestine déjà disputée, deviendra celle que l’on appellera plus tard, la « poétesse de la Palestine ». Entre oppression familiale et colonisation, elle fait de chaque mot une résistance, de chaque vers un souffle de liberté.




Un chemin semé d’interdits

Née dans une famille de notables conservateurs, enfermée à 13 ans et privée d’école par un père sévère, Fadwa voit son monde se réduire aux murs de sa maison. Heureusement elle découvre la poésie, d’abord en secret, puis guidée par son frère Ibrahim, lui-même poète et dramaturge. À travers les mots, elle sculpte un espace de survie et d’émancipation. « Mon histoire, c’est celle d’une graine aux prises avec la terre rocailleuse », écrit-elle dans son autobiographie.

L’éveil au monde

C’est grâce à l’aide de son frère, qu’elle étudie à Oxford et publie ses premiers recueils. Elle y découvre un ailleurs et l’universel, sans jamais pour autant renier son ancrage : Naplouse, sa terre natale, reste le centre de sa gravité poétique. De ce va-et-vient entre l’exil intérieur et l’ouverture au monde naît une voix singulière, à la fois vulnérable et indomptable.

Le verbe en armes

Avant la guerre des Six Jours, ses poèmes chantent la nature, l’amour, la solitude. Mais l’occupation de 1967 marque un tournant. Sa poésie devient cri, elle devient bouclier. Dans Les Martyrs de l’Intifada, elle rend hommage aux enfants tués : « Regarde-les au loin enlacer la mort pour exister encore ». La parole devient combat, chaque poème un acte de résistance.

La mémoire en partage

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Pochette du livre Le cri de la Pierre de Fadwa Touqan

Ses mémoires, Le Rocher et la Peine et Le Cri de la pierre, dévoilent une vie traversée par la douleur et l’espoir. On y lit ses rencontres avec Arafat, Nasser, et même Moshe Dayan, qui disait d’elle : « Un poème de Fadwa Touqan équivaut à vingt bataillons ». Pourtant, jamais elle ne cède à la haine. Sa poésie reste traversée par l’idée de paix, d’humanité partagée.

Transmettre, encore

Lire ses recueils, disponibles en français, pour entendre cette voix douce et déterminée.

  • Redécouvrir la richesse des poétesses arabes modernes, dont elle fut l’une des pionnières.
  • Faire vivre sa mémoire dans les luttes actuelles, où la poésie continue d’être une arme et un refuge.



 

La poésie mêlée à la lutte

C’est sûrement ce qui fait toute la force de la poésie palestienne. Car même si aucun peuple ne vit sans poésie, la Palestine a fait de la poésie une lutte pour la survie. On se souvient encore des magnifiques poèmes de l’un des plus célèbres palestiniens au monde et sûrement l’un des plus grands poètes arabes, Mahmoud Darwich. Ce dernier avait répondu à Fadwa Touqan suite à son poème Je ne pleurerai pas, dans Chronique de la douleur palestinienne : « Nous n’étions pas, avant juin, des nouveau-nés c’est pourquoi notre passion ne s’est pas émiettée entre les chaînes voici vingt ans, ô ma sœur que nous n’écrivons pas des poèmes mais que nous combattons. « 

Bien moins célèbre en occident que son compagnon de lutte littéraire, Fadwa Touqan est pourtant une poétesse reconnue en Orient. Pour elle comme pour tous ses frères et soeurs d’encre, la poésie n’est pas seulement un combat, c’est aussi un souffle de la vie. Après la défaite en 1967, la poésie palestinienne s’est imposée comme une seconde naissance. Née de la douleur et de l’exil, elle continue aujourd’hui avec la même intensité sa lutte.

Une parole vivante

Fadwa Touqan a brisé bien plus que le silence de son enfance. Elle a brisé les frontières du genre, du territoire, de l’histoire imposée. À travers elle, la poésie devient souffle, trace, avenir et espoir.

Elia L.

Tantôt rédactrice, tantôt artiste, je vous invite dans mon univers oscillant entre deux mondes.

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