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Entre cabinet de curiosités et hommage à la nature : le musée qui intrigue Amsterdam

Vous pensiez avoir tout vu en matière de musées ? Loin des tableaux accrochés bien droit, des sculptures silencieuses sous une lumière rasante, et un audioguide à moitié chargé, voici un lieu vraiment pas comme les autres. Car imaginez-vous tombez nez à bec avec un aras rouge vif perché sur la gueule ouverte d’un T-Rex. Pas mal hein ? Alors bienvenue au Art Zoo Museum d’Amsterdam, où les animaux ne sont pas là pour faire de la figuration… et encore moins pour rester sages.

Dans une belle demeure du XVIIe siècle, un duo d’artistes un peu fous mais très talentueux a décidé de faire cohabiter bestiaire naturalisé, compositions baroques et conscience écologique. Dans un théâtre de plumes et d’os, l’expérience promet un étrange cocktail : quelque part entre cabinet de curiosités, opéra animalier et musée d’art contemporain. Le résultat ? Un lieu extravagant où le passé rugit à pleine dent !




Pourquoi ce musée ne ressemble à aucun autre lieu artistique

Dans une ville déjà riche en musées iconiques, ouvrir un nouvel espace relève presque de la provocation. Et pourtant, le Art Zoo Museum impose sa singularité. Conçu par le duo néerlandais Darwin (Sinke & Van Tongeren), deux anciens créatifs du monde de la publicité devenus artistes-taxidermistes, ce lieu ne cherche pas à choquer mais à raconter autrement.

Chaque pièce est une composition en trois dimensions, construite comme un tableau baroque. Un crocodile ficelé de cordes trône comme un animal mythologique. Un cygne blanc, ailes déployées, rend hommage à l’œuvre de Jan Asselijn conservée au Rijksmuseum. On pense à Frans Snyders, à Jan Weenix, à l’exubérance du Siècle d’or. On pense surtout à notre propre rapport à la nature.

Les animaux sont-ils encore des œuvres d’art ?

Dans une époque sensible au bien-être animal, la taxidermie reste un art suspect. Elle évoque les trophées de chasse, les cabinets bourgeois du XIXe siècle, les vitrines figées d’un savoir colonial. Et pourtant. Ici, les artistes insistent : tous les animaux ont vécu en zoo, et sont morts de cause naturelle.

Le geste est donc différent. Il ne s’agit pas d’arracher la vie, mais de prolonger sa présence. De montrer la beauté, l’étrangeté, la puissance d’un être. L’art de Darwin n’est pas tant un acte de conservation qu’une tentative de révélation.

« Nous voulons élever la taxidermie au rang d’art et faire ressentir, par la mise en scène, la noblesse des animaux. » — Eva Krook, directrice du musée

Une scénographie entre théâtre et peinture vivante

Installé dans la demeure historique de la famille Cromhout, un bijou architectural du XVIIe siècle, le Art Zoo Museum profite d’un écrin à sa mesure. Escaliers rococo, plafonds peints par Jacob de Wit, cour-jardin discrète. Tout ici évoque un temps révolu comme suspendu.

Les œuvres telles des peintures en 3D dialoguent avec ce décor. Certaines se fondent dans l’histoire, d’autres la détournent. Des rapaces fixent des serpents avec une intensité dramatique. Des aras rouge vif s’immobilisent dans un envol éternel. Tout semble prêt à se remettre en mouvement, comme dans un rêve.



Un projet artistique à l’ambition assumée

Malgré son extravagance, ce musée n’est pas né d’un caprice. Il est le fruit de plus de dix ans de travail, de métamorphose aussi. En 2015, une collection majeure a été achetée par Damien Hirst pour sa galerie de Londres, propulsant le duo néerlandais sur la scène internationale. Depuis, leur vision s’est affinée, leur discours renforcé : faire de la taxidermie un langage visuel, une émotion figée, un art assumé.

Ce choix est audacieux dans une société où l’art se veut souvent désincarné, numérique, conceptuel. Ici, on revient au tangible, à la matière, aux regards de verre qui nous fixent. Aux plumes qui captent la lumière comme un Rembrandt.

Comme souligné précédemment, les deux artistes se sont inspirés de tableaux animaliers du Siècle d’or néerlandais pour la mise en scène de leurs animaux naturalisés. Ils semblent sortir tout droit de gravures anciennes. Un lieu où les références picturales se mêlent aux échos d’un monde naturaliste disparu.

Et si ce musée nous parlait avant tout de nous ?

Ce qui frappe au fond ce n’est pas la virtuosité technique de ces deux plasticiens. C’est ce que cela éveille. Car voir un animal ainsi présenté, c’est aussi nous voir, nous-mêmes, dans notre fragilité. C’est comprendre que ce que nous figeons, nous le sacralisons parfois pour mieux en détourner le regard.

Le Art Zoo Museum ne donne pas de leçon, il suscite des questions. Sur notre rapport au vivant, sur notre besoin de maîtriser. Sur ce que signifie réellement « rendre hommage ».

Qu’en pensez-vous ?

Musée troublant, intriguant, dérangeant sûrement mais aussi séduisant. Vous donne t-il envie d’en franchir le seuil ? Que penser de cette maison baroque peuplée d’ombres animales ? Trouveriez-vous de la beauté ou ce silence pesant vous ferait-il vaciller ? N’hésitez pas à partager vos impressions.



Elia L.

Tantôt rédactrice, tantôt artiste, je vous invite dans mon univers oscillant entre deux mondes.

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