la domination des icônes sociales

Comment l’art peut-il encore nous surprendre à l’ère du scroll permanent ?

C’est un geste devenu presque réflexe. Un doigt qui glisse, encore et encore sur l’écran. Des images apparaissent et disparaissent quasi immédiatement. Le regard se perd, l’œil se fatigue, s’émousse même sous ce flux continu. Alors une question s’impose : dans un monde où tout est visible, immédiat, consommable en quelques secondes, l’art peut-il encore nous surprendre ?

Car surprendre, c’est suspendre. C’est interrompre le mouvement et créer une brèche dans le flux. Et aujourd’hui, cette brèche devient rare.

Le regard saturé

Nous vivons à une époque où les images s’accumulent. Toujours plus, toujours plus vite, jusqu’à saturation. Réseaux sociaux, galeries en ligne, plateformes… Difficile aujourd’hui d’y échapper.

Résultat, cette image tant recherchée et désirée perd de sa saveur. Autrefois rare, elle arrêtait le regard. À présent, elle défile, noyée dans un flux constant. Notre cerveau, quant à lui, s’adapte et trie. Il ne regarde plus vraiment, il reconnaît. Il ne s’émerveille plus, il compare.

Et dans ce défilement la surprise devient difficile. Il faut du spectaculaire, du grandiose, quitte à s’égarer, à se fourvoyer. Car pour être surpris, faut-il encore prendre le temps de voir.

L’art face au défi de l’instantanéité

Pourtant, face à cette saturation, l’art ne disparaît pas. Il se transforme et s’adapte. Certaines œuvres deviennent plus percutantes, immersives, presque impudiques. Il faut capter le regard avant qu’il ne glisse ailleurs.

D’autres, au contraire, prennent le contre-pied. Elles ralentissent, résistent, s’inscrivent dans la durée. Elles demandent une présence, un engagement, parfois même un effort.

Car aujourd’hui sur les réseaux sociaux, l’artiste ne crée plus seulement une œuvre. Il crée une condition de regard.

Quand le musée devient image

De nos jours, même les plus grandes institutions n’y échappent pas. À l’ère du selfie, il est fréquent que les visiteurs se photographient davantage devant les œuvres qu’ils ne les regardent.
L’œuvre devient image, capturée, partagée, aussitôt oubliée dans le flux des réseaux sociaux. Le musée se transforme peu à peu en décor. Et l’on peut se demander : regarde-t-on encore les œuvres, ou simplement leur image ?

Retrouver la surprise : une affaire de lenteur

La surprise ne disparaît pas, elle change de place. Elle n’est plus dans la profusion, la précipitation, ni même dans l’intensification. Mais bel et bien dans la lenteur, voire même dans l’arrêt.

Dans ces moments devenus trop rares, une lumière, une matière, une forme captivent le regard. Il ne se noie plus, il s’abreuve.

Regarder une œuvre devient alors un acte presque volontaire. Il faut accepter de ne pas comprendre tout de suite, de rester et de laisser venir.

Et c’est peut-être là que l’art retrouve toute sa force : dans sa capacité à ralentir le monde.

L’expérience plutôt que l’image

Qu’attendons-nous vraiment d’une œuvre ? Qu’elle nous émeuve, nous transporte, nous bouleverse ? Qu’elle nous fasse nous sentir vivants ?

Aujourd’hui, ce que nous attendons n’est plus seulement de voir, mais de vivre une expérience. Cela peut passer par une installation dans laquelle on entre, une œuvre qui engage le corps ou encore par un espace qui modifie notre perception. L’art devient alors expérience, et non plus seulement représentation.

Là où le regard s’arrête

À l’ère du scroll permanent, l’art ne s’évanouit pas, ni ne se dissout : il résiste autrement. Il ne cherche plus à rivaliser avec le flux, mais à changer de posture. À créer des espaces de suspension, des instants où le regard cesse de consommer pour recommencer à éprouver.

Et vous dans ce flux constant, parvenez vous encore à vous laisser surprendre ?

Elia L.

Tantôt rédactrice, tantôt artiste, je vous invite dans mon univers oscillant entre deux mondes.

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